Peut-on éduquer sans punir ?

Cette question, nous ne nous la sommes jamais posés de cette manière. En tant que parents bienveillants, nous sommes convaincus qu’éduquer par la punition est inefficace et que celle-ci ne doit être employée qu’en dernier recours. Et pourtant, malgré toutes les bonnes intentions du monde, ce n’est pas toujours facile de le mettre en pratique. Alors, éduquer sans punir, est-ce possible ?

C’est certainement possible pour certains parents. En tout cas, Ludivine, du blog Graines de bienveillance en est convaincue. C’est certainement pour cela qu’elle a lancé un événement inter-blogueurs sur ce thème. N’hésitez pas à faire un tour sur son blog qui fourmille de conseils de bienveillance. Mon article préféré est « Reconsidérer l’enfant et le parent que nous sommes ».

À l’heure où la parentalité bienveillante prend son essor, il est difficile pour tout parent qui se respecte de ne pas s’y attarder et s’y plonger plus ou moins en profondeur. Personnellement, je suis maman de 3 enfants de 9, 15 et 17 ans et jusqu’à présent, même si j’étais plutôt très ouverte, positive, à l’écoute, accessible, attentionnée…(oui oui, tout ça 😉 ), eh bien, je n’étais pas bienveillante pour autant. Du moins, c’est le constat que je fais, aujourd’hui que mes lectures se font plus nombreuses sur le sujet !

Éduquer sans punir : je ne m’étais jamais posé la question !

Non pas que je punissais énormément, mais, avec le recul, je me rends compte que j’aurai pu agir autrement ! Par exemple, lorsque ma fille aînée avait entre 9 et 10 ans, elle adorait l’équitation et se faisait une joie, tous les mercredis, d’aller à sa leçon au poney club. Il nous est arrivé, à mon compagnon et moi, de la priver de ce plaisir, car elle n’avait pas voulu travailler gentiment pendant la semaine. En y réfléchissant, on avait beau la menacer de cette sanction, rien n’y changeait. Elle ne faisait pas ce qu’on attendait d’elle et elle était punie… Aujourd’hui, je suis horrifiée de notre attitude ! Mais rien ne sert d’avoir des regrets, l’important est d’avoir aujourd’hui une réflexion différente et bienveillante.

Éduquer sans punir, c’est quoi ?

La punition, ou la menace de punition ne sert à rien. C’est ce que je pense. Cependant, j’ai ce réflexe. Pourquoi ? Et bien, nous avons des automatismes liés à notre éducation, à la société, au modèle que nous offre notre entourage qui font que notre premier réflexe, très souvent, devant une désobéissance, une bêtise, un travail mal fait, est de punir. Si on ne prend pas le temps de s’arrêter un instant pour réfléchir à notre réaction face à cela, nous ne pourrons pas progresser dans notre cheminement vers la bienveillance.

Parce qu’éduquer sans punir, c’est prendre conscience qu’il existe une autre réaction face à la désobéissance de notre enfant, face aux bêtises qu’il peut faire ou face à son travail qu’il n’a pas réussi et auquel il a eu une très mauvaise note.

Et prendre conscience de cela est déjà un premier pas vers la bienveillance ! Je me mets souvent à la place de mon enfant. Lorsqu’il m’arrive de casser un verre, personne ne me gronde ou ne me punit ! Je me dis intérieurement « quelle gourde ! » mais personne ne va m’envoyer dans ma chambre en me disant de faire un peu attention à ce que je fais ! D’ailleurs, cela servirait à quoi ? Ce verre, je n’ai pas fait exprès de le faire tomber !

Et même en faisant exprès de faire attention (mon compagnon aime bien dire cela aux enfants quand ils disent « j’ai pas fait exprès ! ») eh bien par moment, l’attention ne peut pas être là à 100 % ! Alors pourquoi je gronderai mon enfant ? À part pour extérioriser MON exaspération ? N’est-il déjà pas tout embarrassé d’avoir cassé le verre ? Pourquoi rajouter à son malaise une punition ou en le grondant ? Cela n’apportera aucune valeur ajoutée.

Guider son enfant.

Éduquer sans punir, c’est chercher en permanence la bonne manière de guider son enfant dans différentes prises de conscience sur son comportement, son développement, les règles qui existent et leur importance pour lui et pour son entourage, les bienfaits qu’elles peuvent apporter si on les suit. L’enfant n’a pas le même regard sur les obligations que nous voudrions qu’il ait ! Et ce n’est pas en le punissant qu’il aura un regard ouvert sur ce qu’on voudra lui transmettre, lui apprendre, lui montrer.

Lui donner confiance en lui.

Éduquer sans punir, c’est aussi permettre à l’enfant de garder sa confiance en soi, comme nous l’avons vu dans cet article. Parce que punir rabaisse l’enfant, le frustre, lui coupe son élan.

Reprenons l’exemple du verre qui tombe. Votre enfant prend un verre, car il veut apprendre à se servir tout seul, à devenir autonome… Oui, mais voilà, il le fait tomber. Et là, 2 scénarios : le premier où il se fait gronder et punir. La conséquence sera qu’il n’aura plus envie de faire les choses tout seul, il aura peur de mal faire et de se faire gronder. Et le deuxième où on lui propose d’aider à nettoyer et on lui dit que ce n’est pas grave, qu’il s’en sortira mieux la prochaine fois. Dans ce cas, il va être rassuré et ne craindra pas de retenter la prochaine fois. Donc, éduquer sans punir c’est aussi préserver la confiance en soi de son enfant.

Éduquer sans punir, est-ce possible ?

Alors, une fois qu’on a pris conscience du bien-fondé de la parentalité bienveillante et que l’on est persuadé qu’éduquer sans punir est tout ce qu’il y a de pertinent, comment appliquer cette belle théorie qui soudain nous apparaît comme limpide et dont on se demande comment on a pu passer à côté avec les aînés ?

Je ne vais pas vous mentir, c’est une réflexion et un travail sur soi de tous les jours. Il faut prendre le temps et donc se le donner. Bah, oui, quand on est la tête dans le guidon, du genre « métro/boulot/dodo » il est un peu difficile de se poser toutes ces questions ! Mais ce n’est pas non plus impossible, beaucoup de parents le font.

La mise en pratique est donc un peu plus compliqué que la théorie, je l’avoue. Mais elle nous oblige à faire un travail sur nous, d’écouter un peu plus ses enfants, leurs besoins, leurs envies, leurs attentes et non plus de vouloir que nos enfants NOUS écoutent, qu’ils aient les mêmes besoins ou les mêmes envies que NOUS (car c’est plus simple et ce que l’on fait, ce que l’on pense, ce que l’on aime, c’est tellement bien, n’est ce pas ?!) et que leurs attentes soient calquées sur les nôtres (car on voudrait tellement que nos enfants soient à notre image…)

Éduquer sans punir : la mise en pratique !

Alors éduquer sans punir, je m’y mets. Je vais vous raconter une petite histoire vécue avec mon fils pour vous expliquer mon nouveau cheminement de pensée qui me mène vers la bienveillance et l’éducation sans punition.

Il y a quelques semaines, je me suis aperçu que mon fils allait chercher sa tablette le soir, une fois que tout le monde était couché. Je ne me suis pas fâchée, mais je lui ai dit que s’il recommençait, je le priverais de tablette pendant un mois. Sur le moment, il a été horrifié (;) ) « Quoi ? Pendant un mois ?? Mais maman, j’arrive pas à m’endormir le soir ! Et j’ai beau lire beaucoup, au bout d’un moment, j’en ai marre ! ». Je lui explique que je comprends, mais que les écrans le soir, c’est mauvais et qu’en plus il ne sait pas s’arrêter. (il serait bien capable de jouer toute la nuit!). Je lui demande comment il se sent ce matin : « je suis fatigué, je voudrais encore dormir » et pourtant, il est 11 heures du matin. Je lui demande, « et hier matin, tu étais comment à 9 h 30 ? » « En forme… » « Est-ce que tu ne te sens pas mieux lorsque tu t’endors sans ta tablette ? »  « Si … maman… »

Cette menace, n’a pas servi longtemps. La semaine suivante, j’avais oublié de lui mettre sa tablette de côté après dîner. Le lendemain matin, elle n’était plus dans le salon. En colère, je lui ai pris sa tablette et ne lui ait rendu que le lendemain. Je n’ai pas appliqué la menace, à savoir le privé pendant 1 mois, mais je voulais marquer le coup. J’étais vexée, déçue qu’il m’ait désobéi !

C’est pas gagné !

Hier soir, j’ai oublié de cacher sa tablette comme chaque soir afin qu’il ne soit pas tenté. Et bim ! ce matin, pas de tablette dans le salon ! Et là, au lieu d’être en colère après lui, je m’en suis voulu d’avoir oublié de cacher sa tablette. Parce que je n’ai pas su l’aider ! Je ne lui ai pas rendu service. En outrepassant mon interdiction, en ne tenant pas compte de la menace de punition, il me transmettait ce message : « Maman, je ne peux pas m’empêcher de prendre ma tablette si elle est à disposition. Aide moi et prend la moi le soir. ».

Je me suis donc excusée auprès de lui ce matin en allant le réveiller. Je lui ai dit « Excuse moi d’avoir oublié de cacher ta tablette hier soir, je sais que tu as du mal à t’empêcher de la prendre si tu as du mal à t’endormir. Tu es encore petit pour être raisonnable et c’est à papa et moi de l’être pour toi. »

Nous sommes tous comme ça, même nous, adultes responsables que nous pensons être ! Ne sommes-nous jamais restés tard sur l’ordinateur, sur notre tablette, notre téléphone parce qu’on avait du mal à s’arrêter ? Allez, encore une dernière partie, une dernière vidéo, un dernier épisode…

Trouver des alternatives à la punition.

Première conclusion de cette anecdote : il est possible de trouver des alternatives à la punition. Le priver de tablette pendant 1 mois aurait été une punition inefficace. Alors qu’en lui prenant tous les soirs, je l’aide et l’accompagne dans son incapacité à ne pas succomber à la tentation de jouer toute la nuit. Parce qu’on ne peut pas leur laisser tout faire non plus. Comment amener nos enfants à suivre des règles sans les imposer de façon autoritaire et fermée, sans punir si elles ne sont pas appliquées ? Ce n’est pas facile.

Ainsi, la punition présentée de manière abrupte et autoritaire est totalement inefficace et improductive. Mais que faire quand l’enfant n’arrive pas de lui-même à respecter une consigne ? D’autant plus qu’il reconnaît lui-même le bien-fondé de la consigne, et qu’il est presque en demande pour recevoir une aide. Alors dans ce cas, le priver de tablette, est-ce encore une punition ? Surtout, quand c’est fait en accord avec lui. Alors nous avons recommencé une deuxième fois. Il a de nouveau tenté de négocier, menaçant de faire la tête, mais ce n’est pas grave, il n’y avait quand même pas de tablette.

Encore quelques efforts à faire !

Aujourd’hui, je ne peux pas encore répondre de manière catégorique qu’éduquer sans punir est possible, je n’en suis pas encore là ! Mais le fait de vouloir que ce soit possible, c’est déjà prendre le bon chemin pour y arriver !

Nous sommes là pour guider nos enfants sur le chemin de la vie, pour les aider à avoir leurs propres réflexions, leurs propres déductions, nous ne devons donc pas les rendre angoissés devant leurs erreurs, mais au contraire, les encourager à y réfléchir, à les comprendre et à en tirer des leçons, des conclusions, des solutions. En les punissant, on les muselle, on les frustre, on fait gonfler en eux un sentiment négatif qui les empêche d’aborder positivement les changements qu’ils ont à mettre en place pour s’améliorer, grandir, se construire et s’épanouir.

Éduquer sans punir ne veut pas dire qu’il faut laisser faire tout et n’importe quoi à nos enfants. Mais le juste milieu est difficile à trouver. D’autant qu’effectivement, la société a toujours tendance à juger les parents qui ne punissent pas comme trop laxiste.

Et vous ? Quel comportement avez-vous face à la désobéissance de vos enfants ? Donnez-nous vos conseils dans les commentaires ci-dessous.
Partager sur les réseaux sociaux :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

2 pensées sur “Peut-on éduquer sans punir ?

  • 1 mars 2019 à 22 h 41 min
    Permalink

    bonjour, ma fille de 3 ans, qui est propre depuis qu’elle a 15 mois, ne veut plus faire pipi dans son pot (ni dans les toilettes), elle se retient jusqu’à la dernière minute. De plus, elle refuse catégoriquement de faire pipi avant d’aller à la sieste, j’ai essayé toutes les explications possibles rien y fait et bien sûr si je la gronde elle part en crise. Avez vous des conseils pour la motiver à lui faire faire pipi avant d’aller dormir? Dans le but qu’elle puisse faire sa sieste sans couche. Merci d’avance,

    Répondre
    • 2 mars 2019 à 15 h 05 min
      Permalink

      Bonjour Laury et merci pour votre commentaire et votre question très personnelle, mais très intéressante. Votre petite fille ne veut pas aller aux toilettes, quand vous lui proposez, soit. Comme vous le dites vous-même, quand vous la grondez “elle part en crise”. J’espère que vous pourrez donc admettre que vous entêter à gronder ou punir ne servirait à rien.
      “Oui, mais comment je fais, alors, me direz-vous ?” Tout d’abord, il est possible que ce refus soit l’expression de quelque chose que votre fille a du mal à formuler avec des mots. Aurait-elle vécu un événement, un chamboulement, ou une forte contrariété qu’elle tenterait d’exprimer de cette manière ? À vous de faire le point de ce qui pourrait motiver cette opposition. À moins que ce ne soit juste un cap, une passade, un besoin de s’affirmer, de dire non.
      D’autre part quel est l’enjeu ? Faire la sieste sans couche ? Et sans mouiller les draps ? J’allais dire, n’en faites pas toute une affaire ! Ce n’est pas tellement grave après tout ! Au final, nous vous conseillerons soit de la laisser sans couche, et s’il elle fait pipi, et bien tant pis… les draps seront mouillés, mais surtout ne lui faites pas de reproches, ni même de réflexion. Et changez les draps comme si rien ne s’était passé. Elle s’en apercevra bien toute seule. Et peut-être que cela finira par la gêner de se réveiller dans des draps mouillés. Ou alors vous lui remettez des couches, pour quelques fois, et vous voyez. Au final, je pense qu’il faudrait essayer de ne pas trop insister sur ces incidents et sur ce refus. Laissez-là faire comme elle veut… et si votre fille voit que cela ne vous met plus en colère, elle cessera peut-être d’elle même. En un mot : dédramatisez !

      Répondre

Laisser un commentaire

​R​​ecevez le livret : "Comment détourner leur jeu de société préféré en vue d'apprentissages scolaires" !