L’école, un modèle obsolète, inadapté et inefficace.

L’école paraît être intemporelle, indémodable et impérissable. Pourtant, l’école n’a pas toujours été ce qu’elle est. Et malgré son apparente immuabilité, elle ne ressemblera probablement plus très longtemps à ce que nous connaissons. Elle représente pour certain un repère rassurant dans un monde en perpétuel changement. Cependant, il faut bien reconnaître que ce modèle n’est pas parfait, loin de là. Mais malgré ses défauts, il est très difficile de critiquer l’école. C’est vite perçu comme une attitude incivile. L’école fait partie des fondements de notre république, et critiquer l’école, c’est critiquer la république.

L’école telle que nous la connaissons a été instituée par Jules Ferry en 1881. Mais peut-on encore enseigner aujourd’hui, comme nous le faisions à la fin du 19e siècle, sans prendre en compte l’évolution de la société depuis cette époque ? L’école se révèle aujourd’hui complètement en décalage avec le monde qui nous entoure. Elle n’est plus adaptée ni au contexte, ni à l’enfant du XXIe siècle. Sans parler des résultats, qui ne sont à la hauteur ni des moyens mis en œuvre, ni des ambitions.

L’école de Charlemagne ou de Jules Ferry ?

Charlemagne a-t-il inventé l’école ?

Tout d’abord, une petite mise au point. Contrairement à ce que notre chère France Gall a longtemps cherché à nous faire accroire, Charlemagne n’est pas l’inventeur de l’école. Les écoles existaient bien avant et sont certainement aussi anciennes que l’écriture elle-même. Ce qui est attesté, c’est que Charlemagne a encouragé leur développement, favorisant les études et s’entourant de savants. Mais à l’époque, les écoles n’étaient réservées qu’aux religieux d’une part, et aux enfants des seigneurs d’autre part, donc ce que nous pourrions appeler aujourd’hui « des privilégiés ».

Le mythe de Charlemagne inventeur de l’école a été mis en place à l’époque de Jules Ferry, qui n’avait pas trouvé mieux que d’utiliser l’image de Charlemagne pour crédibiliser son idée d’école obligatoire.

Jules Ferry institue l’instruction obligatoire.

L’école telle que nous la connaissons aujourd’hui, nous la devons directement à Jules Ferry. Et elle a très peu évolué depuis.

Les lois Jules Ferry ont été promulguées en 1881 et 1882. Elles instituaient l’obligation d’instruction, la gratuité de l’école et sa laïcité.

Il faut bien remarquer que ce n’est pas l’école qui a été rendue obligatoire, mais l’instruction. Contrairement à une idée reçue et fortement répandue : l’école n’est pas obligatoire et ne l’a jamais été.

Et il ne faut pas croire que les enfants n’étaient pas scolarisés avant Jules Ferry. Seulement 10 % des enfants n’allaient pas à l’école. Mais par contre, en 1870, les écoles étaient majoritairement des institutions religieuses. (source ici). L’idée était donc plus de reprendre le contrôle sur l’instruction. La première mesure est donc d’obliger les instituteurs à être titulaire du brevet de capacité de l’enseignement primaire pour pouvoir exercer.

Et la gratuité de l’école publique

Il n’était évidemment pas possible de rendre l’instruction obligatoire, sans donner à tout le monde la possibilité de la faire. La grande nouveauté de Jules Ferry est d’instituer la gratuité de l’école publique et de lui donner les moyens de le faire.

D’une part, tout le monde n’avait pas forcément l’instruction ni les possibilités d’instruire soi-même ses enfants, mais devait cependant être encore fortement répandu, en tout cas dans les familles aisées.

D’autre part, la fréquentation des écoles était « encouragée » par des commissions et évidemment par la gratuité.

L’idée est belle et généreuse : que tout le monde puisse avoir accès à l’instruction pour réduire les inégalités dues à l’éducation, comme le prône Jules Ferry dans son discours de 1870. (source ici)

Mais compte tenu du contexte social de l’époque, il fallait aussi éviter que les écoles « communales » ne prennent trop d’importances. Le terme « communal » est ici lié à la « Commune de Paris », et non au sens de collectivité territoriale comme nous l’entendons aujourd’hui. L’idée était très clairement de contrer la montée des idées « socialiste » voire même « anarchistes » qui y étaient véhiculées. Ce que Jules Ferry affirme d’ailleurs très clairement et très explicitement dans son discours au Conseil général des Vosges en 1879.

L’école, un modèle obsolète.

Après cette petite mise au point historique, examinons un peu le contexte de cette époque, et voyons comme il a évolué jusqu’à nos jours.

Les moyens de transports,

Les transports au 19e siècle et aujourd'hui

En 1880, les moyens de transports étaient principalement tractés par des chevaux. Il fallait 61 heures pour relier Paris à Brest en malle-poste. Les gens voyageaient très peu. La plupart naissaient et mourraient dans les villages qui les avaient vu naître. Pour la grande majorité de la population, leur horizon géographique visité et connu reste donc très limité.

À compter des années 1890, les immenses progrès du chemin de fer vont littéralement révolutionner les transports. Il ne fallait plus ‘que’ 13 h 30 heures pour faire le trajet Paris-Brest. Aujourd’hui, c’est à peu près le temps qu’il faut pour aller jusqu’au Japon, en Australie ou en Chine, alors qu’il fallait compter cela en mois à l’époque.

Il est aujourd’hui extrêmement facile de se déplacer que ce soit en voiture ou en train dans toute l’Europe, voire même de prendre l’avion pour aller à l’autre bout de la planète. Il devient donc possible de découvrir par soi-même les paysages, les cultures, les langues de tous les pays du monde. Ce qui peut paraître inimaginable il y a 150 ans.

Les moyens d’informations et de communication

Les moyens de communication au 19e siècle et aujourd'hui

Ainsi, les pays étrangers ne sont connus que par les récits, carnets et témoignages de voyages d’historiens ou de spécialistes de la littérature comme ceux, entre autres, de Chateaubriand, Darwin, Flaubert, Fromentin, Hugo, Humboldt, Lamartine, Nerval.

Pour ce qui est de l’actualité, la presse est le seul et unique moyen d’information jusqu’à la fin du XIXe siècle. Elle est entièrement écrite.

La photographie ne se fait encore que sur des plaques de verre, puisque le film souple en celluloïd mis au point par Eastman n’apparaît qu’en 1883. Cette invention est toute de suite reprise par Edison qui tourne les premiers films de l’histoire du cinéma entre 1893 et 1895, avant qu’il ne soit popularisé par les frères Lumières en 1895 par la projection La Sortie de l’usine Lumière à Lyon.

Mais la photographie commence à être intégrée dans la presse à partir de 1880, notamment sous l’impulsion de W.T. Stead qui est l’instigateur du photo-journalisme tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Avant l’avènement de la télégraphie sans fil, on communiquait uniquement par écrit, par lettres qui étaient envoyés par les moyens de transport, avec les mêmes délais que ceux que nous avons vu ci-dessus. Une lettre pouvait donc mettre plusieurs jours pour transiter d’un pays à l’autre.

Avec l’avènement de l’internet et des réseaux satellitaires, il est maintenant possible de communiquer de manière instantanée, et de transmettre des textes, mais aussi du son, et même l’image en direct avec l’autre bout de la planète. Ce qui était impensable il y a même que quelques dizaines d’années en arrière.

L’accès à la connaissance.

Avant internet, l’ensemble des connaissances et des savoirs étaient réunis dans de grandes, grosses et lourdes encyclopédies sous forme de livres. L’information n’y était pas forcément exhaustive dans tous les domaines, difficile à mettre à jour, et surtout difficile d’accès. Il n’était pas aisé de se retrouver dans les différents renvois, sur un thème précis.

Aujourd’hui, une simple recherche tapée sur un moteur de recherche permet d’accéder à des dizaines de pages sur le sujet demandé, à des centaines d’expériences et de témoignages. Mais en contre-partie, cet accès immédiat à une grande quantité de savoir peut donner l’illusion d’être tout-puissant et omniscient. Car aujourd’hui, la difficulté se situe ailleurs, encore faut-il arriver à faire le tri dans la somme d’information à laquelle nous sommes soumis quotidiennement. Le challenge est complètement différent, et il s’agit de ne pas se noyer dans la somme d’informations disponibles, souvent contradictoires. Comment distinguer ce qui est véridique, vérifiable, authentique, et tout simplement faire la part de ce qui peut nous être utile, de ce qui représente tout simplement une perte de temps ?

D’autre part, le seul accès à la connaissance ne suffit pas. Il faut mémoriser cette connaissance, et la connecter à un système de connaissances plus vaste, qui permet de la classer, et de la retenir. Et surtout, la véritable connaissance passe obligatoirement par l’expérimentation. C’est le seul moyen d’intégrer ou tout simplement de mémoriser une connaissance. Or, internet en lui-même ne permet pas cette expérimentation.

La seule chose qui n’a pas changé, c’est l’école ! Toujours construite sur le même modèle ;

Nous avons brièvement passé en revue l’évolution de la société et du monde qui nous entoure depuis Jules Ferry. Mais qu’en est-il de l’école elle-même ? Elle n’a pratiquement pas changé ! En tout cas dans son concept : une personne – qui représente le savoir – transmet ce qu’elle sait devant un groupe d’élèves assis dans une salle coupée du monde extérieur, en écrivant sur un tableau.

L’école est aujourd’hui totalement en décalage par rapport au monde qui nous entoure. Combien de classe utilisent des ordinateurs, des tablettes, d’internet, des outils audiovisuels ? Je ne dis pas qu’il ne faut pas apprendre à lire et à écrire, ni à compter, bien au contraire. Mais les moyens et les outils qui sont utilisés pour cet apprentissage doivent évoluer.

L’école, un modèle inadapté,

Nous venons de voir que l’école ne s’est pas adaptée au monde qui nous entoure. Mais est-elle adaptée aux enfants qu’elle est censée instruire, aux enseignants, à la société ?

L’école ne peut pas s’adapter à chaque enfant.

Chaque enfant est unique, mais compte-tenu du mode de fonctionnement et d’organisation de l’école, elle ne peut pas s’adapter à tous. Cela n’est pas de la faute des enseignants, c’est la faute du modèle. Nous savons aujourd’hui que tous les enfants sont différents. Ils n’évoluent pas au même rythme, ils n’acquièrent pas les mêmes compétences en même temps, ils n’ont pas les mêmes rythmes biologiques. Ils n’ont pas la même forme d’intelligence et de compétence. Et pourtant, l’école uniformise tout cela. Il faut que chaque enfant apprenne la même chose, de la même manière, au même moment que tous les autres. Et tous cela pour des considérations pratiques, purement logistiques, organisationnelles et pratiques.

Les intelligences multiples

Les enfants peuvent développer des compétences différentes de celles qui sont mises en avant à l’école, à savoir les compétences linguistiques et logico-mathématiques. Cela n’en fait pas un individu diminué, ni un sous-homme. C’est ce que fait ressortir l’idée des « intelligences multiples » d’Howard Gardner, que nous devrions plutôt appeler « compétences multiples ». Le terme d’intelligence tend à faire croire qu’il existe quelque chose de figé dans le cerveau qui correspondrait à cette intelligence. Or, il n’en est rien. Par contre, certains individus sont plus à même à résoudre certains problèmes que d’autres. C’est pourquoi, je préfère utiliser le terme « compétence » plutôt qu’intelligence.

La violence en milieu scolaire

Est-il normal et souhaitable, est-il bénéfique au développement de l’enfant que ce dernier soit de manière inéluctable confronté à des phénomènes de violence spécifiques au milieu scolaire ? Ne pourrait-on les éviter ou font-elles là aussi partie du modèle ?

La violence entre élèves

La violence à l’école est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre. Les causes en sont multiples, et il faut bien constater que les violences à l’école sont omniprésentes. Sont-elles plus nombreuses que par le passé ? Il est difficile de se prononcer, mais il semble que oui. En tout cas, la position de l’encadrement est évidemment délicate, entre trop de punitions et laisser faire, la position adéquate n’est pas forcément facile à déterminer. Trop de coercitions, et les enfants se plaignent d’être puni alors qu’ils n’ont rien fait. Pas assez et c’est la porte ouverte à toutes les dérives.

La VEO (Violence Éducative Ordinaire) en milieu scolaire

Si l’on parle souvent de violence à l’école, elle concerne principalement la violence entre les élèves. La question des violences éducatives ordinaires, voire même de la violence institutionnelle est très peu documentée, mis à part sur le site de l’observatoire des violences éducatives. Les violences physiques demeurent relativement rares, et on ne peut que s’en réjouir. Pourtant, paroles humiliantes, comparaisons inconsidérées et inadaptées, mise à l’écart, stigmatisations, sont encore trop souvent présentes.

Nous avons d’ailleurs déscolarisé notre fils de 9 ans l’année dernière pour cette raison. Punitions abusives, paroles humiliantes, tous les parents étaient d’accord sur ce fait, et depuis des années. Mais impossible de faire quoi que ce soit. Encore une fois, le sujet est relativement tabou. L’administration ne veut pas en tenir compte, et il est bien évidemment difficile d’en parler avec l’enseignante concernée, qui de son côté justifie son attitude par la non prise en compte de ses demandes de mutation par l’administration. La question n’est pas de savoir qui a raison. Le problème est que cela pénalise grandement les enfants et peut même les bloquer ou les mettre en échec scolaire.

Les notes en question

Mais même en faisant abstraction de ces violences éducatives, il n’en demeure pas moins que le système de notation lui-même demeure proprement inadapté. Car d’une part, la manière d’attribuer les notes par un enseignant est naturellement biaisé. De nombreux facteurs peuvent rentrer en ligne de compte : un enseignant ne va pas noter de la même manière d’une fois à l’autre. L’attitude, la motivation, l’origine sociale, voire les vêtements des élèves, la sympathie ou l’antipathie éprouvée influencent l’enseignant au moment de mettre une note.

D’autre part, les notes stigmatisent toujours le mauvais élève et tendent à conforter le bon élève dans une attitude où il n’a pas besoin de faire d’effort. Ce qui est dommageable pour tout le monde.

Alors, quelle est la solution, me direz-vous ? Supprimer les notes. « Mais c’est de la démagogie ». Je reconnais que supprimer totalement le système de notation revient là aussi à casser le thermomètre et n’est pas une solution en elle-même.

Le système d’évaluation des compétences qui est actuellement mis en place semble plus pertinent. Encore faut-il attendre un peu pour voir comment il est réellement mis en place. Mais en tout cas, cela ressemble plutôt à une bonne idée.

L’échec scolaire

D’après une enquête Pisa de 2012, 28 % des adolescents seraient en échec scolaire, c’est-à-dire qu’ils seraient « peu performants », soit en mathématiques, en compréhension écrite ou en science. Et même si l’estimation fait sujet à débat tant dans son mode d’évaluation que dans sa quantification, l’échec scolaire est une bien triste réalité dans notre système éducatif.

En effet, de nombreux enfants n’ont pas les compétences minimales requises à l’entrée du Collège. Et comme la tendance n’est plus au redoublement, pour des questions principalement budgétaires, les enfants poursuivent ainsi une scolarité avec un fort handicap de départ, qui ne peut qu’augmenter avec les années.

Quand on parle d’échec scolaire, l’école et tout le système tend à stigmatiser l’enfant en lui diagnostiquant toute une panoplie de pathologie DYS et autres TDAH. Comme si l’échec scolaire était forcément dû à un problème qui venait et ne pouvait provenir uniquement de l’enfant, que cela soit pathologique ou comportemental. Alors qu’en réalité, tous les enfants scolarisables sont capables d’apprendre les notions élémentaires de lecture et de calcul. Quand est-ce que parents, enseignants et institutions comprendront que l’échec scolaire n’est pas l’échec des élèves, mais bien l’échec du modèle éducatif.

Et les enseignants dans tout ça ?

Je me place beaucoup du point de vue des enfants, et aussi de celui des parents. Mais je n’oublie pas celui des enseignants. Tous les témoignages confirment que ce métier est de plus en plus difficile à exercer, malgré toute la bonne volonté que certains veulent bien y mettre. Mais la bonne volonté ne suffit pas. Il faut reconnaître que les enseignants sont livrés à eux-mêmes aussi bien quant aux méthodes éducatives à appliquer, qu’aux remèdes à apporter aux problèmes de violences à l’école et à toutes les incivilités dont ils sont les témoins.

Les enseignants sont ainsi les premiers à souffrir du mode de gestion de l’école qui est de plus en plus orientée sur une efficacité purement comptable, qu’importent les dommages collatéraux qui en résultent sur le niveau des élèves, et les conditions de travail des enseignants. Les problèmes de la gestion désastreuse du baccalauréat 2019, ainsi que la manière dont la réforme Blanquer a été mise en œuvre n’en est qu’une triste illustration.

L’école, un modèle inefficace,

Nous venons d’évoquer le mode de gestion de l’école par notre administration. Penchons-nous justement sur la question. Pour juger de l’efficacité de l’école, encore faut-il en déterminer l’objectif. Et ensuite, il faut voir si le résultat correspond à l’objectif défini. Mais quel est l’objectif de l’école ? Nous aurions pu commencer par là, mais cela nous aurait amené trop rapidement à la controverse. Car poser la question de l’objectif de l’école, c’est en partie y répondre.

Quel est l’objectif de l’école ?

Tout d’abord qui définit cet objectif ? L’état ? Les parents ? Les enseignants ?

Et définir l’objectif de l’école suppose aussi de se poser la question des bénéficiaires ? Toujours pareil, les parents, les enfants, les entreprises, la société, l’état ? Or, cette question ne semble jamais posée de manière explicite. Comme si l’objectif de l’école faisait partie d’un sous-entendu admis par consensus. Pas si sûr que cela. Nous allons tenter de démêler quelques fils de cet écheveau, sachant que le sujet est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Entre faire apprendre des connaissances à l’enfant, en faire un adulte épanoui, autonome et responsable, en faire un bon petit soldat du capitalisme, esclave et consommateur, qu’en est-il vraiment ?

Apprendre (ou faire apprendre) des connaissances ?

L’objectif de l’école est-il de faire apprendre des connaissances, des savoirs faire et d’acquérir des compétences à l’enfant ? On pourrait le penser. En tout cas, c’est ce que la plupart des parents semblent croire.

Si l’objectif de l’école est d’apprendre des connaissances, des savoirs faire et des compétences à l’enfant, il devrait être relativement aisé de mettre en place un ou plusieurs outils à même de mesurer les résultats de cet objectif. Il en existe un que tout le monde connaît : le baccalauréat. Mais le baccalauréat est-il vraiment un critère fiable pour mesurer l’ensemble des connaissances, savoirs faire et compétences acquises par les élèves ? Car du témoignage même des enseignants, le système de notation appliqué ne vise qu’à faire obtenir le bac à une majorité d’élèves.

Aujourd’hui 94 % d’une classe obtient son baccalauréat. Mais cela atteste-t-il vraiment du niveau de connaissances obtenu ?

Obtenir un diplôme ?

Aujourd’hui le baccalauréat est-il encore un réel diplôme qui sanctionne un ensemble de connaissances, de savoirs-faire et de compétences dans des domaines particuliers, permet de trouver un emploi, tout en se différenciant des autres ?

Je commence par le dernier point : tout le monde parle de différences et d’égalité, mais en réalité, c’est pour nier toute différence. Il devient indécent de parler de sélection. Le baccalauréat ne sanctionne plus rien. Il est donné à tout le monde. Et évidemment ne vaut plus rien, puisqu’il ne permet à personne de se distinguer des autres. Le beau projet d’élever le niveau de tous les élèves en leur faisant avoir le bac à toute une classe d’âge s’est là aussi révélé désastreux. En le donnant à tout le monde, cela revient en réalité à le donner à personne. La sélection se faisant dont ensuite, en fonction d’autres critères :

  • sociaux : seules les familles aisées peuvent payer ensuite les réelles formations qualifiantes à leurs enfants :
  • géographiques : seuls les foyers vivants dans les découpages correspondant aux bons établissements peuvent espérer une école de qualité.

Tous ces critères pouvant d’ailleurs se recouper, mais niant les capacités et les compétences individuelles de l’enfant.

Former des adultes épanouis, responsables et autonomes ?

Force est de constater que même si c’était la volonté, l’école ne répond absolument pas à l’objectif de former des adultes épanouis, responsables et autonomes. Contrairement à ce que tous les parents seraient en droit d’espérer pour leurs enfants. Pour quelles raisons ? On pourrait se poser la question s’il n’est pas plus avantageux pour nos dirigeants de former des consommateurs obéissants, serviles, incapables de se poser les bonnes questions, ni de comprendre réellement le monde qui les entoure.

Quels critères pour évaluer l’école ?

Les évaluations nationales

Les évaluations nationales ont été (re)mises en place il y a quelques années. Mais plutôt que de dresser un tableau du niveau global des élèves, les résultats ne sont publiés qu’au cas pas cas, en fonction des besoins politiques.

Au regard des piètres résultats des premières évaluations, certains esprits tortueux pourraient y voir derrière la volonté de cacher ces résultats, le fait qu’ils ne correspondent pas à ce que l’on attend. Alors, comme pour tout en politique, si c’est trop chaud, cassons le thermomètre, comme ça, on peut espérer que personne ne s’en apercevra ! Ou bien, interprétons les chiffres comme cela nous arrange. Source : FranceTVinfo

Les critères financiers

Savoir si l’école est rentable n’est pas la question. L’école n’a pas à être rentable. Mais en tant que contribuable, il est par contre parfaitement légitime de savoir si l’école est efficace. C’est-à-dire de savoir si l’argent employé l’est au mieux des possibilités et des capacités. Il faut donc pour cela évaluer les moyens employés et les résultats obtenus.

Le coût du système éducatif

En 2017, la France a consacré 154,6 milliards d’euros à son système éducatif, soit 6,7 % du PIB. La dépense moyenne pour un élève ou un étudiant est de 8 690 euros. Elle augmente avec le niveau d’enseignement allant de 6 550 euros pour un écolier, 8 710 euros pour un collégien, 11 190 euros pour un lycéen à 11 670 euros pour un étudiant.

L’État est le premier financeur de l’éducation (57,4 %), devant les collectivités territoriales (23,3 %). Alors que les communes et les départements ont tendance à stabiliser leurs dépenses d’éducation depuis 2015, celles des régions augmentent chaque année. (Source : Ministère de l’éducation nationale.)

En prenant l’exemple d’une classe de 25 élèves à l’école primaire, ce qui est loin d’être la règle, nous obtenons : 25 x 6 550 = 163 750.

Qu’est-ce que recouvre ce coût relativement important ?

– Tout d’abord le salaire de l’enseignant. 2 174 net en primaire, ajoutons 10 % de frais de formation, nous arrivons à 2 391, arrondissons à 2 500, mettons l’équivalent d’un salaire pour les charges sociales, ce qui est large, nous arrivons à un coût annuel d’environ 60 000 €,

– Estimons les locaux et les bâtiments en ramenant à une location d’un local de 100 m², ce qui revient à une location de 1 500 € par mois, soit un total de 18 000 €,

– En achat de matériel, estimons 500 € par mois sur 12 mois, nous arrivons à 6 000 €,

soit un total de 84 000 € sur les 163 750. Il ressort de ce rapide calcul que la moitié du budget d’un élève ne passe ni dans le salaire de l’enseignant, ni dans les locaux, ni dans le matériel. Mais alors à quoi est consacrée la part manquante de près de 80 000 € ? Des frais de gestion, comme on les appelle ? En terme d’efficacité budgétaire, cela ne ressemble pas à l’équation idéale. En effet, le paradoxe français, est que nous avons les enseignants les moins bien payés d’Europe avec les Italiens, alors que le budget de l’éducation nationale est le plus lourd au monde (source ici).

Peut-on faire mieux ?

Heureusement que l’école à la maison ne coûte pas autant ! Il faut dire qu’il n’y a pas de salaire, pas de locaux. Il faut croire également qu’il n’y a aucun matériel à acheter. En tout cas, c’est ce que croit la CAF qui retire généralement l’allocation de rentrée scolaire. Un peu paradoxal tout cela, quand on voit que finalement un famille avec deux enfants scolarisés au Collège et l’un au primaire fait économiser à l’état la somme de 23 970 €. Ce qui était notre cas pendant quelques années.

Mais si l’on regarde bien, cette somme n’est pas perdue pour tout le monde quand les enfants sont scolarisés. En tout cas, peut-être que l’intensité et la ténacité que les inspecteurs mettent à vouloir ramener les enfants dans le giron de l’Éducation Nationale pourraient bien être liées à cette question budgétaire ? Mais non, l’éducation n’est pas un marché… bref, passons. Nous parlions d’efficacité.

La question est : serait-il possible de faire mieux à moindre coût ? L’Instruction en Famille pose ici question. Puisque de nombreuses familles réussissent à la faire à un coût nettement moindre que 6 500 €, c’est que cela doit probablement être possible. Alors effectivement, il n’y a ni salaire, ni charge pour le lieu, ni pour la cantine, etc.

Des compétences manquantes ou insuffisantes

Un niveau de langue vivantes catastrophique,

Les compétences linguistiques sont aujourd’hui absolument indispensables dans presque toutes les professions. Est-il normal que seulement 14 % des élèves sortant du système maîtrisent l’anglais après 6 à 9 ans d’enseignement, alors qu’avec des méthodes appropriées, 3 mois suffisent ?

Aucun cours sur l’argent, la gestion d’un budget,

L’argent est aujourd’hui omniprésent, vital et indispensable. Existe-t-il un enseignement concernant le sujet ? Il n’est pas étonnant que de nombreuses personnes se retrouvent ensuite endettées et interdits bancaires.

Aucun cours sur la manière d’apprendre à apprendre

Qu’est-ce qui est plus important, plus efficace, plus utile ? Apprendre une tonne de connaissances qui ne serviront à rien ou tout simplement apprendre une méthode qui permettra de mémoriser et d’apprendre n’importe quelle discipline ? Aucune méthode permettant d’apprendre à apprendre n’est enseignée à l’école.

La mémoire à l’école.

Le modèle même de l’école est contradictoire avec les processus de mémorisation qui nécessitent de la motivation, de l’enthousiasme, alors que l’école ne génère que trop souvent de l’ennui et de la confusion.

Comme le fait remarquer Alain Lieury dans :La mémoire. Du cerveau à l’école” :

Il est donc paradoxal que la mémoire soit vue comme une fonction primordiale pour les neurosciences, la médecine et les laboratoires pharmaceutiques, alors que cette même mémoire est souvent vu comme secondaire dans le domaine de l’éducation, avec son acceptation de mémoire “passive” ou “par coeur”. La mémoire serait-elle essentielle à 77 ans, et non à 7 ans ?

Alors, que faire ? Réformer l’école ? Ou en sortir ?

Mon propos n’est pas de dire qu’il ne faut pas aller à l’école, et encore moins qu’il ne faut pas apprendre un ensemble de compétences indispensables. Je prétends que ce qui est enseigné à l’école est loin d’être suffisant pour pouvoir trouver un travail et s’insérer dignement dans la société qui est aujourd’hui la nôtre. Ce qui devrait pourtant être le cas. Sinon, encore une fois, honnêtement, à quoi sert-elle ? Et la question se pose légitimement : quoi faire face à cette situation ? Se résigner, réformer l’école, en sortir ou carrément la supprimer ?

Se résigner ?

On peut se dire que finalement 14 ans de scolarité obligatoire plus deux ou trois ans de scolarité volontaire sont vite passées ! Qu’à peu près tous les adultes ont franchi cette épreuve, et que nous ne nous en sommes pas morts ! Puis on enchaîne sur cinq ou six années d’études supérieures, pour ensuite commencer une série de différents boulots, si encore on a de la chance pendant encore 25 ans. Et que là, à 50 ans, il ne suffit plus qu’à attendre encore dix ans l’âge de la retraite, si on a la chance d’en avoir une. Entre nous, ce n’est pas très motivant !

Réformer l’école ?

Serait-il possible d’envisager une école moins chère avec les mêmes résultats ? Clairement. Si l’on acceptait de remettre en cause l’école et les méthodes éducatives.

Première proposition :

La question de la surpopulation des classes pourrait être facilement résolue en supprimant les classes « par classe d’âge ». Qui est soit dit en passant, une des premières aberrations de l’école actuelle. Et ce qui n’était pas le cas à l’origine. En deux mots : comment apprend-on le mieux ? Quand on transmet son savoir. Toutes les études le prouvent. Si l’on organisait l’enseignement avec des systèmes de « tuteurs », à savoir des enfants plus âgés qui enseigneraient à des enfants plus jeunes, et ça dans tout l’établissement, le travail des adultes serait facilité.

Deuxième proposition :

La question du coût des établissements pourrait être résolues en imaginant des écoles « ouvertes », aussi bien physiquement qu’idéologiquement. L’école et les apprentissages se feraient, comme cela se faisait avant Jules Ferry, directement sur les lieux de travail, d’application, de recherche. C’est ce que propose les formules de contrats d’alternances ou d’apprentissage pour les étudiants. Pourquoi les enfants doivent-ils être isolés, coupés du reste du monde ? Faut-il nécessairement se couper du monde pour apprendre dans de bonnes conditions ?

Ces propositions ne sont que des exemples parmi des multiples possibilités qui pourraient apparaître ou qui apparaîtront un jour quand la question de l’école sera réellement posée, et que l’on pourra réellement réfléchir sereinement sur les solutions à apporter.

S’attaquer au dogme ?

Mais ces solutions ne sont pas envisageables et ne le seront pas avant longtemps. Et ce, pour une raison tout simple, c’est que l’école fait partie intégrante du dogme. Je veux dire par là qu’elle fait partie des fondements de notre société, et que c’est non négociable. Il n’est pas possible de critiquer l’école. Tout le monde sait que l’être humain n’est pas un être raisonnable. Vous pourrez avancer toutes les bonnes raisons, scientifiquement prouvées, vous pourrez apporter la solution, cela n’est pas négociable, il est interdit de toucher à l’école.

D’ailleurs, il suffit de voir le nombre de réformes qui ont été tentées depuis des années. Qu’ont-elles apporté ? Mis à part une lassitude de la part des enseignants qui voient passer les réformes au rythme de 1 voire plus par an, un désintérêt de la part des parents, qui ne comprennent plus rien. Et enfin un pourrissement de la situation et un constat inéluctable que l’école n’est pas réformable, qu’elle que soient les bonnes volontés à l’œuvre.

Et j’ajoute que le débat n’a rien à voir avec celui de l’école publique ou privée. L’une et l’autre répondent exactement au même cahier des charges.

Écoles et Pédagogies alternatives ?

Certains enseignants tentent malgré tout des expériences intéressantes, même dans le cadre de l’éducation nationale. Mais ce ne sont que des démarches individuelles qui ne sont nullement soutenues et encouragées. On ne peut pas remettre la question entière de l’instruction sur la bonne volonté de quelques enseignants volontaires et déterminés.

Une société sans école

Est-il possible d’envisager une société sans école, comme le proposait déjà Ivan Illich en 1971 ? C’est une utopie, disent certains. Il est de toute manière impossible de savoir ce que cela donnerait. Très peu de personnes ne sont jamais allés à l’école, mis à part André Stern et quelques rares individus qui ont fait toute leur scolarité à la maison. Et pourtant ce modèle de l’école n’est plus vraiment adapté ni à l’enfant ni au contexte, et surtout pour une efficacité, c’est un dire un déploiement de moyens gigantesques au regard des résultats obtenus.

En tout cas, comme le relevait à juste titre Ivan Illich, plus une institution grandit, plus elle devient inefficace, sclérosée et par conséquent ingérable. Redonner plus d’autonomie aux régions, aux communes, aux familles en terme d’éducation, aurait l’avantage d’alléger la gestion administrative. Mais favoriserait les disparités géographiques, économiques et sociales. Alors, quoi faire ?

Il existe évidemment la solution de l’Instruction en Famille, mais qui n’est pas, loin de là, ni la panacée, ni une solution facilement généralisable.

La question de l’école est évidemment tellement vaste qu’il faudrait encore de la place pour pouvoir en couvrir toute l’étendue. Mais mon objectif n’est pas d’écrire un livre, mais de poser les bases d’une réflexion. Comment sera l’école (et accessoirement la société dont elle issu et qu’elle tente de reproduire) dans 100 ans ? Serait-elle encore identique à ce qu’elle est aujourd’hui ? Aura-t-elle totalement disparue ? Ou aura-t-elle enfin réussi à s’adapter à son environnement et au défi qui lui sont proposés ?

 

Vous n’êtes pas d’accord avec notre vision de l’école ? Si, mais vous avez d’autres solutions à proposer ? N’hésitez pas à nous laisser un commentaire.

 

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