Et si on faisait l’Instruction En Famille ?

 

La décision de faire l’école à la maison, l’instruction en famille, le “homeschooling”, vient de l’intérieur. Dans les 2 sens du terme ! J’entends par “de l’intérieur” la cellule familiale restreinte (le conjoint et les enfants 😉 ) mais aussi dans le sens “du plus profond de nos tripes”, de nos convictions, de notre amour.

Le point de départ de cette décision peut être différent d’une famille à l’autre. Notre histoire nous est propre, et nous sommes en droit d’attendre des autres une compréhension et non un jugement. Ce n’est pas toujours le cas… Et cette décision est, malheureusement pour beaucoup, difficile à prendre.

Je vais vous raconter comment ça s’est passé chez nous.

Au cours de l’été 2010, j’ai pris la décision, avec le soutien inconditionnel de mon compagnon et l’accord du papa, de déscolariser mes 2 enfants (Esteban et Zia) qui venaient de terminer le CP et le CE2. Une décision qui m’a été facile à prendre, mais un peu plus difficile à faire accepter de mon entourage !

La déscolarisation : pourquoi ?

Nous ne savions pas que cela était possible. Sinon, je pense que je l’aurai fait dès le début ! Nous vivions dans ce cercle infernal du métro-boulot-dodo, de courir tout le temps, pour attraper le train, pour être à l’heure à la sortie de l’école, de l’étude, pour faire les devoirs, le bain, le repas, mettre les enfants au lit pas trop tard… Étourdissant n’est ce pas ? Mais nous ne savions pas. Aujourd’hui, le sujet est plus répandu, on en parle sur internet, sur les réseaux sociaux, mais il y a 10 ans, pas tant que ça.

Le déclencheur :

Zia venait de rentrer en CE2 et Esteban au CP.

Rejet de l’écriture.

Pour Esteban, il faut savoir qu’en moyenne section, il a été question de lui faire sauter la grande section pour aller directement en CP. Il était plutôt en avance et risquait fort de s’ennuyer en GS. Seulement voilà, sa bête noire, c’était l’écriture. Comme beaucoup d’enfant un peu précoce… Du coup, la directrice de l’école élémentaire a refusé. Et en GS, ils se sont “acharnés” sur l’écriture : mauvaise idée ! Il a aujourd’hui 15 ans et demi et cela ne fait qu’un an qu’écrire ne le dérange plus !

Il est donc rentré au CP après avoir fait toutes ses classes de maternelle et s’est retrouvé dans une classe à double niveau CP/CE1. Heureusement, car il suivait plutôt ce que la maîtresse expliquait au CE1, ce qui l’empêchait de s’ennuyer. Cependant, 2 choses le turlupinaient : écrire… Il détestait ça car il trouvait que ça le ralentissait ! Et le fait qu’il ne jouait plus en classe. Rester toute la journée assis à sa table était très difficile pour lui !

Trop émotive !

Pour Zia, son histoire est différente. Timide, réservée, très (trop !) appliquée, souhaitant toujours bien faire, stressée, angoissée… Suivre en classe était difficile. Ces difficultés en math l’obligeaient à suivre le midi un accompagnement personnalisé et le soir, en rentrant de l’école, elle était paniquée de n’avoir pas bien compris les cours et me demandait de tout lui réexpliquer. Pauvre gamine. À l’école de 8h30 à 16h30, avec une pause raccourcie le midi, 2 jours sur 4 et je devais, en plus, lui réexpliquer ses cours dès ses devoirs terminés.

Mon compagnon et moi venions d’avoir un bébé (Scooby-doo) et j’étais en congé parental pour 3 ans. La journée était plutôt calme, mon compagnon travaillait comme topographe, les enfants étaient à l’école. Je n’avais que Scooby-doo à m’occuper. À 16h30, nous allions chercher les grands à l’école et le marathon commençait !

Esteban, pour qui rester assis toute la journée était un calvaire, se rattrapait à la maison ! Il courait partout, chahutait, embêtait sa sœur ! Et elle, n’avait qu’une idée en tête, que je lui réexplique le cours d’histoire, ou de math ou la conjugaison. Parce que le lendemain il y avait une évaluation et qu’elle commençait déjà à s’en rendre malade.

L’information libératrice !

Je crois que c’est en milieu d’année que mon compagnon m’a fait lire un article dans une revue. Il était écrit que l’école n’est pas obligatoire, c’est l’instruction qui l’est. Et que c’était les parents qui choisissaient quel mode d’instruction pouvait être donné à leur enfant. Il donnait les adresses des sites de LED’A, CISE, et LAIA, associations pour l’IEF. Et j’ai découvert ! Ce nouveau monde, sans école, possible, existant, légal ! Et ça a fait assez rapidement tilt dans ma tête !

Nous avons discuté, mon compagnon et moi, et sommes tombés d’accord sur le fait que déscolariser Zia serait bénéfique pour elle ! Je lui réexpliquais tous les cours, tous les soirs ! Il y avait quelque chose de trop là-dedans et c’était l’école !

La décision :

Nous avons donc eu une discussion avec Zia et Esteban. Nous leur avons expliqué qu’ils n’étaient pas obligés d’aller à l’école, et que je pouvais, s’ils le souhaitaient, leur faire l’école à la maison.

Ils nous ont regardés avec de grands yeux. Et puis le regard de Zia s’est illuminé. On sentait qu’un poids s’ôtait de ses épaules ! Esteban, bien évidemment, a voulu faire comme sa sœur ! L’idée de ne plus aller à l’école était tellement tentant !

Après une discussion étayée de bons arguments auprès de leur père, mon ex-mari, j’ai eu l’accord qu’il me fallait pour pouvoir faire les démarches au moment venu, à savoir en août 2010.

Le regard des autres…

Entre admiration et incompréhension !

Tout au long des années d’IEF, chaque fois que nous annoncions que nos enfants faisaient l’école à la maison, les réactions variaient. Je pouvais entendre “Ho c’est super ! Moi aussi, j’aimerai le faire mais…” les raisons de ce “mais” allaient de la question financière à la question du “je ne serai pas capable !” comme je pouvais entendre “Quoi ? Vous êtes inconscients ! qu’est-ce que vos enfants vont apprendre ?? Et la sociabilisation ?

Les réactions …

Nos familles :

Je dirai que notre décision a été accueillie de manière mitigée, ce qui est le cas pour beaucoup de famille !

Notre entourage :

Les réactions de notre entourage ont été diverses et variées. Certains parents d’anciens petits camarades d’école des enfants se sont petit à petit éloignés de nous, un peu comme si notre nouveau mode de vie pouvait être contagieux !

Certains enfants aussi, exprimaient leur incompréhension à Zia et Esteban en leur affirmant que s’ils n’allaient plus à l’école, ils n’apprendraient rien et que plus tard, ils ne trouveraient jamais un travail… Nous ne rentions plus dans le moule, nous bousculions des habitudes, faisions exploser des vérités que certains n’étaient pas prêts à entendre ! Oui ! Ce n’est pas l’école qui est obligatoire, mais l’instruction ! Je ne sais plus le nombre de fois ou nous avons du crier haut et fort cette réalité méconnue de 80 % des gens !

Les réactions négatives face à notre décision de faire l’instruction en famille glissaient sur nous, mais je pense, avec le recule, qu’elles n’ont pas glissées complètement sur les enfants… Par exemple, Zia, qui est rescolarisée depuis la seconde, a honte de dire qu’elle a fait l’instruction en famille. Mais qu’importe, je sais qu’elle ne regrette pas ces années d’instruction à la maison. Un jour, elle assumera et je l’entendrai dire avec fierté qu’elle n’a jamais été au collège ! Mais il est dommage d’être jugé à chaque fois que l’on ne fait pas comme tout le monde !

Presque 10 ans après, on recommence !

Aujourd’hui, en ce début d’année 2019, et après 2 ans d’école, c’est au tour de Scooby-doo, 9 ans, de connaître la déscolarisation !

Et aujourd’hui, nous sommes expérimentés … oui, mais, chaque enfant est unique !! Et lui ne suivra peut-être pas le même parcours que son frère ou sa sœur ! Alors ? Apprentissages autonomes et “unschooling” plutôt qu’ informel/formel et Cours Par Correspondance ?? Pour le moment, il retrouve petit à petit ses marques, car 2 ans d’école eh bien ça formate déjà beaucoup un enfant malheureusement et il a vite perdu ce plaisir naturel d’apprendre, cette curiosité de découvrir à toute heure (et non pas de 8 h 30 à 16 h 30 !!!) : voici le triste constat que nous faisons. Alors nous lui laissons le temps… De revivre comme un enfant !

 

Et vous ? Envisagez-vous de vous lancer dans l’aventure ? Pour quelle raison ? Avez-vous des inquiétudes ? Lesquelles ? Confiez-vous à nous dans les commentaires ci-dessous 🙂

 

 

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8 pensées sur “Et si on faisait l’Instruction En Famille ?

  • 19 mars 2019 à 18 h 19 min
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    envie surtout pour le rythme des couchers, levers, toujours les presser et puis la methode traditionnelle avec le baton/carotte qui fait office a l’ecole…
    Mais ne me sens pas forcément capable car la vie n’est pas un long fleuve tranquille avec mon 7 ans et demi. J’ai laisse tombe les devoirs car il ne veut jms les faire. Du coup tout ce qui vient de moi pour des tentatives d’apprentissage est rejeté, je crains de ne pas avoir assez de patience. Et puis mon fils ne vit que pour ses copains d’ecole et meme si l’idee de ne plus aller a l’ecole peut le seduire c’est aussi une crainte ! La derniere question c’est vais je supporter d’avoir beaucoup moins de temps pour moi et passer mes journees avec eux 🙂

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    • 19 mars 2019 à 19 h 27 min
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      Merci pour ton commentaire Karine ! L’instruction en famille, il faut le sentir sinon, ça va pas ! Mais je vais quand même te dire, par rapport aux copains, mon fils aussi, n’allait à l’école que pour les copains et les récrés !;) Maintenant, ses copains, il continue à les voir, un peu moins mais il les voit quand même ! Pour les devoirs, c’est souvent la galère, tu peux lire mon article dessus : https://apprendre-par-le-jeu.com/face-aux-devoirs-ma-solution-pour-rester-zen/ Mais tu vois, je les comprends, ils ont passé la journée à l’école, le soir, ils ne sont plus réceptifs et du coup ce sont les conflits ! Quand tu fais l’instruction en famille, les devoirs n’existent plus ! 😉 Les relations sont différentes et les enfants ont une approche des apprentissages qui change. Mais c’est un investissement, pour toute la famille, c’est donc important de le faire par choix réfléchi ! Tant que ton fils est heureux à l’école…

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  • 19 mars 2019 à 20 h 10 min
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    Merci pour ce bel article. Nous notre fils n’a même pas encore deux ans, mais l’aventure nous tente bien pour plusieurs raisons :
    – la joie que l’on a de voir notre fils s’épanouir auprès de nous,
    – le respect du rythme de l’enfant,
    – l’absence de compétition, de stress, de devoirs et de “formatage”,
    – l’envie de lui transmettre des valeurs trop peu transmises à l’école (l’entraide, la gestion des émotions et des conflits, la communication et l’écoute bienveillante, notions de philosophie adapté à son âge etc.),
    – l’envie d’expérimenter plus avec du “concret” (sorties, nature, séances théâtres ou ciné etc)
    – et tellement d’autres choses.
    On commence à se renseigner et chiner à droite à gauche pas mal de supports ludiques et inspirants pour les “apprentissages”. Ce que je redoute le plus pour ma part c’est la réaction de ma famille ^^ Ma belle famille a déjà accepté avec joie notre décision.

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    • 19 mars 2019 à 20 h 26 min
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      Bonsoir Meli, vos raisons évoquées sont tops 😉 J’espère vraiment pour votre petit bout que vous dépasserez la crainte de la réaction de votre famille ! Je comprends cette crainte, elle est là pour beaucoup de décision importante que l’on doit prendre !Le jugement et le regard des proches sont parfois bien lourds à porter ! Mais avec les années, on s’endurcit !;) Et on affirme ses choix qui seront ou non accepté mais notre cercle familial restreint devient plus important. Déjà, vous avez l’appui de votre belle famille c’est super !! Alors, pensez à votre fils et à vous 😉 !

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  • 19 mars 2019 à 21 h 41 min
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    Bonjour, merci pour ce témoignage très intéressant. Ici, notre premier p’tit loup n’a qu’un an, donc c’est encore tôt pour parler d’IEF, mais mon mari et moi y réfléchissons sérieusement. Nous avons pas mal bougé, rencontré des gens d’horizons différents ; nous tentons au maximum de respecter ses rythmes. Les questions qui nous font un peu peur sont celles que vous évoquez : tout d’abord les finances, car dans notre situation, l’un de nos salaires seul ne suffit pas à assurer le quotidien ; et également la question “en sommes-nous capables, avons-nous suffisamment de connaissances pour nous permettre de le faire”. Les critiques, nous nous y attendons et cela ne nous pose pas de problème car chacun est libre d’avoir ses opinions ; le côté sociabilisation ne nous inquiète pas non plus car il y a toujours d’autres moyens que l’école pour voir du monde : activités, loisirs, sport, amis… Comment avez-vous géré tout cela ? Comment avez-vous, du jour au lendemain, changé vos habitudes ? Comment se passait une semaine chez vous ? Planifiiez-vous chaque jour quelque chose, les enfants choisissaient-ils ce qu’ils souhaitaient apprendre ? J’aurai sûrement d’autres questions dans les jours qui viennent ! 🙂

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    • 19 mars 2019 à 22 h 59 min
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      Bonsoir Sophie. Vous savez, financièrement, je pense qu’on arrive toujours à s’en sortir, surtout avec un revenu. Mais chacun a un niveau de vie propre. Par contre, si je peux vous rassurer sur la question “en sommes nous capables, avons nous suffisamment de connaissances pour nous permettre de le faire” je peux vous répondre 🙂 OUI !! Vous savez, je n’ai pas un niveau d’étude plus haut que la moyenne (Bac + 2) et je ne vais pas vous dire que je savais tout sur tout !! Mais, je sais me servir d’internet, je sais lire, je m’intéresse… j’ai compris des notions que je n’avais pas bien acquise au cours de ma scolarité et j’ai pu les expliquer à mes enfants ! J’avoue que changer mes habitudes n’a pas été un problème, j’étais déjà à la maison avec mon petit dernier. Je pense que je vais très prochainement publier quelques articles pour raconter mes journées, mon organisation… car nous sommes passés par différentes organisations ! 😉 Au départ, ils ne choisissaient pas…ensuite, ils choisissaient parmi les jeux que je créais ou détournais. Mais aujourd’hui, notre Scooby-doo veut apprendre ce qu’il veut, au moment où il le décide ! Alors je pense que l’on va se lancer dans le unschooling !! J’espère avoir répondu à quelques-unes de tes questions ! N’hésite pas à en poser d’autres 😉

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  • 21 mars 2019 à 14 h 34 min
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    À 2 doigts de sauter le pas … Tchouk va entrer en cp mais ne rentre pas dans le moule, son enseignate le trouve trop électron libre…
    C’est un projet envisageable pour notre famille. Je travaille à mi-temps, et ai suivi une formation d’éducateur Montessori.
    Le souci fils est que mon fils ne veut pas quitter son école et ses jeux de recreation/garderie … c’est donc LE point à travailler. .. !

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  • 22 mars 2019 à 11 h 25 min
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    Bonjour Julie, Aujourd’hui, votre fils est en maternelle, il a donc encore beaucoup de temps de jeux. Malheureusement, en rentrant au CP il va sûrement déchanter (comme ça été le cas pour mon fils) : rester assis à son bureau ne va pas lui plaire vu son caractère !. Je dirai que de lui même il va se rentre compte qu’il n’est plus si heureux que ça à l’école et vous réclamera peut être, de faire l’IEF ! Discutez avec lui, expliquez lui qu’il peut à tout moment vous demander de ne plus aller à l’école le jour où il se sentira mal. Par contre, il doit bien comprendre que si vous le déscolarisez ce n’est pas pour quelques jours ! mais au minimum jusqu’à la prochaine rentrée scolaire ! C’est important que ce soit bien clair dans son esprit. 🙂

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