Le jeu et la bienveillance au regard des neurosciences cognitives

Les neurosciences regroupent l’ensemble des sciences qui s’intéressent au fonctionnement du cerveau. Les neurosciences cognitives en font partie et s’intéressent plus précisément aux mécanismes de la pensée humaine. Ces dernières ont fait de grandes avancées depuis quelques années. Elles nous permettent de mieux appréhender le fonctionnement de notre cerveau. Et aussi de mieux comprendre la manière dont il réagit aux stimulus extérieurs.

Or, le cerveau de l’enfant n’est pas complètement formé à sa naissance. Il sera modelé au fil des années afin de s’adapter au monde qui l’entoure. Les premières années de sa vie sont donc les plus cruciales. Et il ressort que le jeu et la bienveillance sont primordiales pour le développement harmonieux du cerveau. Nous aborderons ensuite la question des apprentissages toujours selon le même point de vue.

A/ Présentation des neurosciences cognitives.

Les neurosciences cognitives s’inscrivent à la croisée des neurosciences et des sciences cognitives.

Les sciences cognitives regroupent toutes les « disciplines scientifiques visant à l’étude et à la compréhension des mécanismes de la pensée humaine, et plus généralement de tout système cognitif, c’est-à-dire tout système complexe de traitement de l’information capable d’acquérir, de conserver et de transmettre des connaissances. » C’est une discipline à la jonction des neurosciences, de la psychologie, de la linguistique et de l’intelligence artificielle. (Source ici)

Les neurosciences cognitives se concentrent sur les mécanismes du cerveau permettant les apprentissages. Elles tentent de comprendre aussi bien les processus de perception, de motricité, du langage, de mémorisation, de raisonnement, que celui des émotions. Le sujet est extrêmement vaste. Nous allons donc tenter de faire un focus sur un point précis, rarement mis en avant, mais qui nous paraît absolument essentiel. En effet, nous sommes persuadés que le plaisir est un élément essentiel dans les mécanismes d’apprentissage. Nous allons tenter de voir comment ces deux éléments sont liés et expliqués par les neurosciences.

Les neurosciences quant à elles étudient le système nerveux, tant du point de vue de sa structure que de son fonctionnement, depuis l’échelle moléculaire jusqu’au niveau des organes, comme le cerveau, voire de l’organisme tout entier. (source wikipedia) Elles font appel à toute une panoplie de disciplines et une grande diversité d’approches, anatomique, biologique, informatique, psychologique, chimique. La plus connue et aussi la plus ancienne s’applique à comprendre le fonctionnement des neurones et à en établir la cartographie. C’est ce qui s’appelle la neuroanatomie. Pour ce qui nous concerne, nous allons nous intéresser plus précisément à la chimie du cerveau. C’est la neuroendocrinologie qui s’intéresse à la production d’hormones dans le système nerveux.

B / Tout n’est qu’une question d’hormones.

L’adrénomedulline – Image WikimediaImages de Pixabay

Les hormones sont des messagers chimiques qui régissent à peu près toutes les activités de l’organisme. Elles sont essentielles dans le régulation de tous les processus vitaux comme la respiration, le sommeil, la digestion, la reproduction et la croissance.

Mais elles interviennent également dans de nombreux domaines comme les émotions, les relations sociales, les sensations de plaisir et de bonheur, mais aussi dans les apprentissages.

Plusieurs hormones interviennent ainsi pour produire nos humeurs. Elles se complètent ou s’annihilent, et leur rôle, complexe, commence tout juste à être compris par la science.

a/ L’ocytocine, liée à l’empathie et à l’affection.

Ocytocine
L’ocytocine, l’hormone de l’amour et du bonheur – Image : nospensees.fr

L’empathie est ce sentiment qui nous permet de comprendre les sentiments de l’autre et d’être attentif à ses besoins. Or ,cette empathie est liée à la production d’ocytocine dans une région du cerveau appelée l’hypothalamus.

« L’ocytocine active plusieurs régions cérébrales impliquées dans les relations sociales. Elle contribue à l’empathie en agissant, entre autres, sur une région du cerveau située au-dessus de nos orbites, appelée « cortex orbito-frontal » (ou COF), laquelle nous permet de percevoir les signaux émotionnels, de les interpréter correctement et d’y répondre rapidement et de façon appropriée. Et elle permet aussi de décrypter de manière très précise les expressions des yeux, du visage. Elle favorise donc les relations satisfaisantes par la perception des émotions, des intentions de la personne qui est avec nous. Si nous ne comprenons pas ce qu’éprouve l’autre, notre relation avec lui sera très difficile. (Shamay-Tsoory 2011) (cité par Catherine Gueguen dans Vivre Heureux avec son enfant – Editions Pocket p. 16)

« D’autre part, cette empathie se transmet, c’est-à-dire que chaque fois que l’enfant reçoit de l’empathie, de l’affection, il sécrète de l’ocytocine, qui le conduit à son tour à être empathique et affectueux. L’empathie se transmet. C’est un cercle vertueux : plus nous recevons d’empathie, plus nous avons un taux élevé d’ocytocine, et plus nous sommes capables d’être empathiques. L’inverse est aussi vrai, moins nous recevons d’empathie, moins nous avons d’ocytocine et moins nous sommes capables d’être empathiques. (Eisenberg 2009, 2010 ; Feldman 2010) » (Catherine Gueguen. op. cité)

b/ La bienveillance, indispensable pour le développement harmonieux du cerveau.

Baiser d’une maman – Image PublicDomainPictures de Pixabay

Tous les parents, éducateurs et adultes bienveillants seront certainement heureux d’apprendre que les neurosciences valident cette approche. Elles insistent sur le fait qu’un enfant doit être élevé dans une ambiance sereine, bienveillante et joyeuse pour se développer harmonieusement. En effet, comme le dit Catherine Gueguen : « Ce qui donne de la joie à l’enfant est bon pour son développement cérébral. Jouer, rire, s’amuser, se rouler par terre, grimper, courir sont indispensables et font maturer le cerveau. Dans ces moments-là une molécule cérébrale appelée le BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor) est sécrétée. Ce BDNF est un facteur de croissance neuronale qui intervient dans le prolifération, la survie, la différentiation des neurones et leurs connexions et assure le bon développement du cerveau. » (Catherine Gueguen, Op. cité)

c/ La bienveillance aide l’enfant à réguler ses émotions.

Le cerveau du jeune enfant n’est pas construit comme celui de l’adulte. Certains circuits neuronaux ne sont pas encore arrivés à maturation, et il faudra de nombreuses années d’apprentissages pour qu’ils le soient. Jusqu’à 6 ans, par exemple, l’enfant est incapable de réguler ses émotions. S’il fait des colères, s’il pleure, s’il est agité, cela ne sert strictement à rien de lui donner des injonctions pour tenter de le calmer. Il ne le peut pas. La seule solution est de chercher à le comprendre.

Ce dont l’enfant a le plus besoin est de se sentir compris et aimé de manière inconditionnelle. Cela peut paraître excessif. « Mais oui, il a besoin de savoir où sont les limites, sinon, c’est la porte ouverte à n’importe quoi ». Sauf que les limites qu’on veut lui imposer, il n’est pas à même de les comprendre, à fortiori de les accepter.

Par contre, s’il se sent compris, il apprendra progressivement à gérer ses émotions.

« Le stress intense vécu par un tout-petit peut altérer des circuits neuronaux essentiels pour son bon développement. Ces circuits qui vont du cortex préfrontal à l’amygdale sont fondamentaux pour que progressivement l’enfant puisse refouler ses émotions et son comportement, ne pas être dans l’agressivité, dans l’opposition permanente. Au contraire, une présence affectueuse, empathique participe à la maturation de ces circuits et permet à l’enfant de gérer les émotions petit à petit. Si l’enfant est entouré d’adultes empathiques, soutenants, bienveillants, vers 5-7 ans il contrôlera mieux ses émotions et n’agressera pas les autres, verbalement ou physiquement. (Mac Ewen 2007, 2011 ; Davidson 2012) » (Catherine Gueguen op. Cité p. 120)

d/ La dopamine et le système de récompense.

Les Neurosciences cognitives vues par John Hain de Pixabay

Dans notre article : Peut-on éduquer sans punir ? nous nous penchions sur la question de la punition, et de manière implicite, de la récompense. C’était sans tenir compte de la réalité liée à la production de certaines hormones.

Il existe en effet dans le cerveau un phénomène qui s’appelle « le système de récompense ». C’est une réponse hormonale à un certain nombre de stimulus, qui va diffuser une hormone de plaisir qui s’appelle la dopamine. Nous allons tenter de comprendre ce qu’il en est. Et de voir quelles sont les conséquences dans le domaine qui nous intéresse : à savoir celui des apprentissages.

La dopamine est générée par le sucre, l’alcool, le sexe, mais aussi le sport, la consommation, voire selon certains les écrans et les réseaux sociaux. Elle provoque un plaisir immédiat. Dans un deuxième temps, elle va provoquer une focalisation de l’attention sur ces stimulus, qui va encourager l’organisme à renouveler cette expérience. C’est pourquoi la dopamine est un élément qui va booster la motivation, puisque l’organisme va tenter de retrouver cette sensation de plaisir.

Malheureusement, la dopamine n’a pas que des avantages. Car son excès sature les neurones et crée une accoutumance. Ce qui va avoir deux effets, d’une part la dose de dopamine nécessaire pour produire le même effet devra être augmenté à chaque fois. D’autre part, un phénomène de dépendance va se développer. C’est le phénomène d’addiction qui est lié à tous les plaisirs et les déclencheurs que j’ai cités ci-dessus. L’excès de plaisir mène donc directement à l’addiction, mais aussi à la dépression. (source ici)

e/ La sérotonine, l’hormone du bonheur ?

D’autres hormones participent également à créer un sentiment de bien-être dans tout l’organisme. La méditation, le yoga, les massages et certaines techniques de respiration, par exemple, stimulent le nerf vague. Ce qui entraîne la sécrétion de sérotonine (entre autres). Cette hormone diffuse ensuite dans tout le corps un sentiment de plénitude et de bien-être. Mais elle augmente également la capacité à l’empathie. C’est pourquoi la sérotonine est aussi un ingrédient essentiel à de bonnes relations sociales.

Plaisir immédiat ou plénitude zen, le duel entre la dopamine et la sérotonine.

Alors très bien, me direz-vous, il suffirait d’augmenter le taux de ces deux hormones pour avoir du plaisir et être pleinement heureux. Et malheureusement, ce n’est pas aussi simple. Car les deux sont contradictoires, voire antagonistes. Autrement dit, l’augmentation de l’une fait baisser le taux de concentration de l’autre.

f/ L’apprentissage émotionnel expliqué par les neurosciences cognitives

Cerveau rempli d'émoticônes - Image John Hain de Pixabay

Une autre leçon des neurosciences concernant les apprentissages concerne l’apprentissage émotionnel. En effet, les émotions négatives ou positives sont stockées dans l’amygdale, cette partie du cerveau située dans la région interne du lobe temporal. Elles vont ensuite induire un conditionnement émotionnel, c’est-à-dire qu’à un certain stimulus, l’organisme va associer une réaction. Cela peut être de la colère, de la peur, un réflexe de fuite par rapport à la vision d’une arme par exemple. Pour ce qui est des apprentissages, il est évident que l’apprentissage émotionnel va conditionner la réaction positive ou négative à certaines méthodes, plus ou moins agréables. Si l’expérience d’apprentissage sera associée à une émotion négative, l’organisme, via l’amygdale, aura tendance à se soustraire à ce stimulus négatif.

C’est là que nous allons retrouver nos deux amies : la dopamine et la sérotonine. Un bon équilibre entre les deux va permettre de faire accepter cette situation douloureuse. Car elle va permettre d’anticiper une récompense future. C’est donc l’équilibre des hormones qui va faire accepter une situation difficile en vue d’une satisfaction future. C’est là toute la complexité des hormones, qui très nombreuses dans l’organisme, s’équilibrent mutuellement.

Ce qu’il faut retenir

Le rôle des hormones est complexe et leur équilibre est fragile. Par exemple, la découverte des perturbateurs endocriniens est récente, puisque qu’elle date de 1991. Leur dangerosité n’est reconnue par l’OMS que depuis 2002. Tout cela pour dire que nos connaissances en ce domaine sont encore parcellaires. On commence tout juste à se rendre compte de leur importance notamment en ce qui concerne le développement du cerveau. Les scientifiques découvrent que de graves dommages peuvent être causés par certaines émotions négatives.

Les problèmes d’apprentissages, de mémorisation, ne sauraient évidemment pas se réduire à de la chimie. De mêmes les questions relationnelles, d’affection, d’attirance ou même l’amour ne peuvent s’expliquer uniquement par les hormones. Mais connaître la manière dont fonctionne notre cerveau nous aide à mieux appréhender nos relations à autrui, et en particulier avec nos enfants. De la même manière que comprendre le système de récompense lié à la dopamine nous permet d’être plus efficace dans nos apprentissages.

L’éclairage des neurosciences nous permet de comprendre que la bienveillance n’est pas une option réservée à une portion privilégiée de parent et d’éducateurs. Elle est surtout la meilleure voie pour guider les enfants vers un avenir d’adultes heureux, épanouis et à l’aise dans leur entourage social et professionnel.

Pour aller plus loin :

Le livre de Catherine Gueguen : “Vivre heureux avec son enfant”. Édition Pocket :

Que pensez-vous de l’apport des neurosciences dans l’éducation ? Cela vous paraît-il utile  et pertinent ? Faites-nous part de votre opinion et de vos expériences dans les commentaires.
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