Pratiquer l’empathie pour améliorer la relation avec ses enfants

L’empathie est cette qualité essentielle qui permet de se mettre à la place de l’autre, de le comprendre, tout en restant soi-même. Autant c’est facile à dire, autant ce n’est pas toujours facile à faire, notamment envers nos enfants. Elle est à la base de la bienveillance. Sans comprendre l’autre, il n’est pas possible d’imaginer un vivre ensemble. Car l’empathie est à la base à la fois des sentiments moraux, et des règles sociales. Sans empathie des uns pour les autres, aucune famille, aucun groupe, aucune société ni aucune communauté n’est possible.

Qu’est-ce que l’empathie ?

L’empathie est une sorte d’opération mentale qui nous permet de prendre le point de vue de l’autre, tout en restant nous-même. Ce n’est ni un dédoublement de personnalité, ni une fusion avec la personne, ni une identification, ni même une contagion. C’est la capacité de se mettre à la place d’autrui afin de comprendre ce qu’il éprouve, tout en restant soi-même.

« L’empathie n’implique pas seulement une réponse affective déclenchée par l’état émotionnel d’une autre personne. Elle nécessite également une reconnaissance et une compréhension minimales des états mentaux de cette personne. L’empathie repose sur notre capacité à reconnaître qu’autrui nous est semblable, mais sans confusion entre nous-même et lui. Par conséquent, une autre caractéristique essentielle de l’empathie réside dans la distinction entre soi et l’autre, et ce, parallèlement à un partage affectif.

L’empathie repose sur une simulation mentale de la subjectivité d’autrui. Cette simulation est possible parce que nous possédons une disposition innée à ressentir que les autres personnes sont « comme nous » et parce que nous développons rapidement la capacité de nous mettre mentalement à la place d’autrui. » 1

« Concept nomade, l’empathie répond chaque fois que se pose la question de la connaissance, ni de soi-même ni du monde physique, mais d’autrui ». 2

Jean Decety, chercheur à Chicago, distingue trois facette de cette empathie : l’empathie affective, l’empathie cognitive et la sollicitude empathique.

  • L’empathie affective est cette capacité à partager les sentiments des autres, à en être affecté sans être dans la confusion entre soi et les autres.
  • L’empathie cognitive nous permet de comprendre les sentiments et pensées d’autrui.
  • Enfin, la sollicitude empathique, elle, nous incite à prendre soin du bien-être d’autrui.

L’empathie n’est pas la compassion.

Il convient tout d’abord d’établir une différence essentielle entre l’empathie et la compassion. L’empathie consiste à se mettre à la place de l’autre, sans nécessairement éprouver ses émotions. La compassion, consiste inversement à éprouver les émotions de l’autre, sans forcément se mettre à sa place. La différence essentielle entre l’empathie et la compassion, c’est que dans la compassion, on s’oublie complètement soi-même. Ce qui peut-être très bien, mais aussi complètement dévastateur quand on se laisse déborder par les sentiments de l’autre.

La construction de l’empathie

Nous allons tenter de mettre en avant comment se construit l’empathie au cours de l’enfance. Les stades développés pourront paraître arbitraires, mais chacun des stades est cependant indispensable à la construction de l’empathie.

Premier stade, la contagion émotionnelle chez le nouvau-né.

Dès les premières heures de la vie, les bébés réagissent à la détresse de leurs congénères. Lorsqu’ils entendent un autre bébé pleurer, ils se mettent presque systématiquement à pleurer eux aussi. C’est en tout cas ce que peuvent constater tous les parents et puéricultrices. C’est un phénomène que l’on peut appeler « contagion émotionnelle ». Elle est un élément essentiel de l’empathie, mais se caractérise par une indifférenciation entre soi et autrui. Car chez les bébés, les bases de cette différenciation ne sont pas encore suffisamment établies. 3

Ce comportement, encore appelé « éveil empathique », servirait de base à plusieurs fonctions majeures. Il s’agirait d’une forme non-verbale de communication permettant de savoir qu’une autre personne est en danger. Elle servirait ultérieurement à comprendre l’état émotionnel d’autrui pouvant motiver un désir de l’aider (comportements altruistes). En outre, ce mécanisme élémentaire de partage d’émotions permettrait de savoir qu’autrui est comme soi-même. Cette dernière fonction est spécifiquement humaine. 4

Deuxième stade : l’imitation.

Le petit-enfant reconnaît en l’autre un autre « soi-même », attribuant comme en miroir, des sentiments et des sensations similaires aux siennes.

C’est le stade de l’imitation. Les enfants reconnaissent très tôt les mimiques et les expressions faciales de joie, de tristesse et de surprise. L’imitation de l’expression faciale serait donc un vecteur de la contagion émotionnelle, la similitude des expressions faciales se doublant d’une similitude des émotions éprouvées.

L’imitation de ces expressions joue ainsi un grand rôle dans les interactions sociales précoces. L’enfant focalise son attention sur une autre personne, et interagit en imitant des vocalisations, des mimiques. Les interactions entre nourrissons et adultes sont fondées sur la réciprocité et comportent un partage d’affects et d’activités. Les états émotionnels exprimés par les parents constituent en effet une source d’information essentielle sur l’environnement pour le nouveau-né.

Il semble donc que les nouveau-nés naissent équipés, ou développent très tôt, les conditions essentielles (identification avec l’autre, partage d’affects et discrimination soi-autrui) qui sont nécessaires à la manifestation de l’empathie. La véritable émergence de l’empathie se produit vers la deuxième année, lorsque les enfants commencent à être préoccupés par la détresse des autres personnes et ont un répertoire comportemental qui leur permet de tenter de les soulager ou de les réconforter. C’est l’âge où les enfants commencent à s’engager dans des jeux coopératifs avec leurs pairs. » 5

Troisième stade : la distinction en soi et autrui

En réalité, l’enfant va devoir très tôt faire la distinction entre lui-même et autrui, afin de ne pas être submergé par les émotions de l’autre. Il pourra soit se détourner d’autrui, soit au contraire l’aider à apaiser sa détresse.

« Celui qui éprouve de l’empathie doit être conscient qu’il s’est mis à la place de l’autre et que son sentiment est plus ou moins similaire mais pas identique à ce que ressent l’autre. Mais il est également nécessaire de distinguer soi d’autrui. Un tel mécanisme est indispensable pour ressentir de l’empathie pour une autre personne. » 6

« L’empathie est donc une simulation mentale de la subjectivité d’autrui. Cette simulation permet de comprendre ce qu’une autre personne pense et ressent dans un situation présente, passée voire même anticipée. Elle est possible parce que chacun perçoit les autres comme lui-même et partage des représentations qui se sont élaborées au cours des interactions sociales nouées dès la naissance avec eux, sans confusion entre soi et autrui, car il est essentiel de reconnaître que les états mentaux de l’autre sont différents des siens. L’empathie est sous-tendue par un ensemble de mécanismes dont les principaux sont la capacité de ressentir les émotions et les sentiments exprimés par nous-même et par les autres et d’adopter intentionnellement la perspective subjective d’autrui. » 7

Quatrième stade : l’attention partagée

« Une forme plus élaborée d’empathie apparaît lorsqu’un sujet devient capable non seulement d’identifier l’émotion ressentie par autrui, mais encore d’en comprendre l’objet. Cela suppose que soit identifiée la relation que l’autre entretient avec une situation donnée. La situation la plus favorable est celle où le sujet a lui-même un accès perceptif à la situation qui provoque l’émotion chez autrui. C’est le phénomène d’attention partagée qui apparaît à la fin de la première année.

Dans l’attention partagée, l’enfant observe les yeux d’une personne et suit la direction de son regard, ce qui lui permet de déterminer ce sur quoi elle porte son attention. L’enfant est ainsi amené à comprendre ce qui a causé l’émotion chez l’autre. 8

Cinquième stade : la référence sociale

La référence sociale, phénomène qui émerge également vers la fin de la première année, utilise ces deux capacités d’attention conjointe et de lecture des expressions faciales. À cet âge, lorsque les enfants sont confrontés à un objet qui ne leur est pas familier, on observe qu’ils se tournent souvent vers leur mère et utilisent son expression faciale pour réguler leur comportement, un sourire encourageant un comportement d’exploration alors qu’une expression craintive le décourage.

Au cours de la deuxième année, apparaît un comportement nouveau qui semble témoigner de ce que l’enfant commence à comprendre le fonctionnement causal des émotions. Il essaie délibérément de réconforter d’autres personnes ou bien inversement de les taquiner ou d’augmenter leur détresse. Il apporte, par exemple, un jouet favori au petit frère qui pleure pour le consoler ou le distraire ou, au contraire, lui brandit sous le nez l’araignée en plastique qui le terrifie pour le faire pleurer. Ces comportements manifestent non seulement une compréhension de l’état émotionnel de l’autre et de ce qui en est l’objet, mais aussi une capacité à anticiper la possibilité de faire naître chez celui-ci d’autres émotions. » 9

Sixième stade : l’empathie comme outil de connaissance

L’empathie peut aussi être un vecteur de transmission de connaissances sur le monde. En effet, nous interprétons les émotions d’autrui comme des commentaires sur des situations et des événements. L’empathie nous permet de savoir si une chose est dangereuse ou non sans que nous ayons à en faire nous-même l’épreuve. Plus généralement, elle nous sert de guide dans les situations incertaines. 10

Septième stade : la naissance des sentiments moraux et des normes sociales

Adam Smith (1723-1790), plus connu comme fondateur du libéralisme économique, est aussi le premier penseur moderne à réfléchir sur la notion d’empathie. Il explique : comme nous ne pouvons pas faire nous-même l’expérience de ce que ressent l’autre, nous devons donc faire un effort d’imagination pour nous représenter ce que nous ressentirions à sa place. « En imagination, nous nous plaçons dans sa situation, nous nous voyons endurer les mêmes tourments sans exception, nous entrons en quelque sorte dans son corps et devenons dans une certaine mesure la même personne que lui, et par là, nous nous formons quelque idée de ses sensations et ressentons même, bien que faiblement, quelque chose qui n’y est pas entièrement étranger. » C’est alors que nous pouvons éprouver de l’empathie.

Mais la situation est symétrique, c’est-à-dire que ce que j’éprouve est également soumis au regard de l’autre. Sachant cela, je ne peux me comporter n’importe comment. Pour Adam Smith, il existe « un désir originel de plaire et une répugnance à offenser autrui. » C’est en quelque sorte la contrepartie de l’empathie. « À l’empathie du sujet qui le conduit à la place de l’autre dont il éprouve les sentiments, correspond réciproquement son devoir d’ajuster ses propres émotions à ce que l’autre peut ressentir afin d’obtenir son approbation. L’approbation est la réciproque de l’empathie. L’une et l’autre déclenchent des sentiments moraux. » 11

Adam Smith précise : « Les vertus douces, gentilles, aimables, les vertus de candeur, de complaisance, d’indulgence et d’humanité, sont fondées sur l’empathie ; les vertus d’oubli de soi, d’autogouvernement, de maîtrise des passions prennent naissance dans l’effort de contenir ses émotions. »

Huitième stade : de la morale à la justice sociale

« Une société est d’autant plus viable que chacun s’y soucie plus des autres et moins de lui même , où non seulement chacun aime son prochain autant que lui-même, mais où, réciproquement, chacun ne s’aime autant qu’il aime son prochain, ou, ce qui revient au même, autant que ses prochains sont capables de l’aimer ». 12

Supprimons l’empathie pour l’autre, et nous supprimons le contrôle de soi chez ce dernier. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est ce qui se passe dramatiquement dans nos sociétés actuelles, où nos dirigeants qui suppriment jusqu’à l’extrême tout sentiment d’empathie envers ceux qui souffrent. Et qui semblent étonnés de constater un débordement de passions qu’ils ont eux-mêmes provoqué.

« Pour Hoffman, l’enfant passerait de l’émotion à l’action. Et ce, vers l’âge d’un an. Ensuite, lorsqu’il devient capable de se représenter la cause de cette détresse et qu’il entreprend d’agir sur cette cause, il accéderait à la morale. Et lorsque cette cause n’est pas individuelle mais sociale, il accéderait à la justice. » 13

C’est pourquoi l’empathie devrait être une des vertus cardinales de tout groupe, de toute famille, de toute société.

L’empathie : un instrument de construction de soi

Comme nous l’avons vu, l’empathie est à l’origine des émotions dites « sociales » comme la fierté, la honte, la culpabilité, le mépris. Il faut que nous soyons sensibles à l’émotion éprouvée par autrui et réciproquement, au fait que nous sommes également l’objet de cette émotion pour les éprouver. Nous éprouvons de la honte ou nous nous sentons coupables dans la mesure où nous pensons que nous avons délibérément bafoué une norme légitime et, inversement, nous éprouvons de la fierté si nous sommes parvenus à satisfaire une norme élevée.

C’est l’empathie sous sa forme plus élaborée mettant en jeu l’imagination qui permet cette pleine intériorisation. Si nous éprouvons de la honte d’une action commise secrètement, c’est que nous sommes capables d’imaginer comment cette action apparaîtrait aux yeux d’autrui et quel serait le jugement qu’il porterait sur elle. L’empathie n’est donc pas simplement un instrument de connaissance des émotions d’autrui : c’est aussi un instrument de construction de soi en tant qu’être social pris dans un réseau de normes. 14

L’empathie : une question de point de vue.

L’empathie, c’est changer de point de vue pour se mettre « à la place de l’autre ». Cela oblige à utiliser un autre référentiel, et résoudre un problème spatial. Se mettre à la place de l’autre, c’est adopter son regard. Changer de point de vue, c’est changer de perspective.

Les mots rendent comptent de cette analogie entre les approches empathiques et spatiales. Mais ces deux notions sont liées par une interaction encore plus étroite de l’une sur l’autre dans la construction du cerveau.

Les bases neuroscientifiques de l’empathie

Quand nous éprouvons de l’empathie, nous sécrétons de l’ocytocine, molécule synthétisée dans le cerveau par les neurones de l’hypothalamus. L’ocytocine est la molécule de l’empathie, de l’affection.

L’ocytocine active plusieurs régions cérébrales impliquées dans les relations sociales. Elle contribue à l’empathie en agissant, entre autres, sur une région du cerveau située au-dessus de nos orbites, appelée « cortex orbito-frontal » (ou COF), laquelle nous permet de percevoir les signaux émotionnels, de les interpréter correctement et d’y répondre rapidement et de façon appropriée. Cette hormone permet aussi de décrypter de manière très précise les expressions des yeux, du visage. Elle favorise donc les relations satisfaisantes par la perception des émotions, des intentions de la personne qui est avec nous. Si nous ne comprenons pas ce qu’éprouve l’autre, notre relation avec lui sera très difficile. (Shamay-Tsoory 2011) 15

Le développement de l’empathie et des capacités spatiales.

Le développement du cerveau de l’enfant s’accompagne d’un changement radical de fonctionnement cérébral du traitement de l’espace. Ce changement accompagne le développement de la pensée rationnelle et des opérations logico-mathématiques. L’enfant passe d’un traitement égocentré à une perspective allocentrée et n’accède que tardivement à la capacité de changer de point de vue (7-8 ans). Or, chez l’être humain, le cerveau qui maîtrise, sélectionne, évalue les émotions de façon majeure est le même que celui qui traite les propriétés globales, métriques, de l’espace. Le passage d’une perspective égocentrée à une perspective allocentrée ou hétérocentrée, exige que soient comprises les bases neuronales du traitement de l’espace. 16

Pour éprouver de l’empathie, il faut que l’enfant fasse une opération de décentrage semblable à celle qui est nécessaire pour passer d’une géométrie égocentrée à une géométrie allocentrée. La difficulté est qu’il faut en même temps que l’enfant fasse une opération de décentrage semblable au passage égocentré/allocentré mais, en plus, pour éprouver le monde du point de vue de l’autre, il faut qu’il puisse garder un point de vue égocentré en se mettant à la place de l’autre. Autrement dit, il faut qu’il soit à la fois lui-même, l’autre et qu’ils aient entre-deux un point de vue de survol.

L’empathie oblige à utiliser plusieurs référentiels à la fois.

Cela revient à travailler dans plusieurs référentiels à la fois. C’est comme si nous étions dans une ville que nous ne connaissons pas et donnons rendez-vous dans un café à des amis où nous nous rendons par des chemins différents. Nous pouvons en même temps, manipuler mentalement le chemin que nous avons fait (égocentré) pour arriver au bistrot où nous sommes assis en train de consulter une carte de la ville (allocentré) où nous comparons les parcours ; et nous pouvons renverser les points de vue pour imaginer comment rentrer à l’hôtel en suivant le chemin que l’autre a suivi.

Par conséquent le sentiment de l’empathie ne réside pas seulement dans la capacité de simuler mentalement les actions de l’autre ou d’en éprouver les émotions. Il exige cette capacité de changer de point de vue tout en gardant le sentiment de soi.

De l’empathie à la « vision d’ensemble »

Cette approche de l’empathie permet d’envisager une autre notion. Car la simple vison de changer de point de vue pour se mettre dans celui de l’autre, ne permet pas le plus souvent de trouver le référentiel commun. Pour cela, il faut arriver à s’extraire des deux points de vue, avec une vision d’ensemble, qui les intègre tous.

La capacité d’avoir une « vision d’ensemble » d’une situation ou d’un problème est associée à la remarquable capacité d’envisager le monde de façons diverses, de changer non seulement de point de vue mais aussi d’interprétation du réel, de lui attribuer des valeurs, de tolérer la différence, de décider ».

Car nous atteignons une dimension supérieure en faisant ainsi la synthèse des différents points de vue.

Comment développer l’empathie envers ses enfants ?

Premier point : bien se connaître soi-même

L’empathie nécessite tout d’abord un travail sur soi, et en particulier de bien connaître ses propres émotions. Mais aussi et surtout d’apprendre à les réguler pour ne pas se laisser soi-même emporter par ses propres émotions et par celles de l’autre. Comment en effet connaître les émotions de l’autre, si on n’identifie et ne connaît même pas les siennes propres. Pour cela plusieurs méthodes ou techniques : pleine conscience et méditation en particulier.

Deuxième point : se mettre à la place de l’autre

Comme nous l’avons vu, la première caractéristique de l’empathie est de se mettre à la place de l’autre. C’est ce que nous devrions faire avec les enfants. Il serait déjà très utile de se mettre à leur place physiquement et de se rendre compte de la difficulté que leur petite taille peut représenter dans notre environnement de « grands ». Certaines expériences ont été tentées de reconstituer des pièces, des meubles telles qu’elles leur apparaissent. Et évidemment, le point de vue change déjà considérablement.

Mais allons encore plus loin, comment se mettre à leur place dans leur fonctionnement mental. Nous avons complètement oublié comment fonctionne le cerveau d’un enfant. Les réactions que nous jugeons naturelles chez nous, ne le sont pas encore chez l’enfant. Il n’a pas le même référenciel que nous. Et nous n’avons pas le même que lui. C’est pourquoi la communication est souvent difficile. Nous voulons souvent en tant que parents, leur imposer notre point de vue. Il serait évidemment profitable d’arriver à les écouter plus pour arriver à comprendre leur ressenti.

L’empathie se transmet

Chaque fois que l’enfant reçoit de l’empathie, de l’affection, il sécrète de l’ocytocine, qui le conduit à son tour à être empathique et affectueux. L’empathie se transmet. C’est un cercle vertueux : plus nous recevons d’empathie, plus nous avons un taux élevé d’ocytocyne, et plus nous sommes capables d’être empathiques. L’inverse est aussi vrai, moins nous recevons d’empathie, moins nous avons d’ocytocine et moins nous sommes capables d’être empathiques. (Eisenberg 2009, Eisenberg 2010 ; Feldman 2010) 17

C’est pourquoi il est essentiel de sortir du rapport de force. Il n’est pas question d’imposer son point de vue. Il s’agit bien évidemment de comprendre celui de l’autre, et en l’occurence de l’enfant, se mettre à sa place, tout en restant soi-même. Alors seulement il est possible de trouver une troisième voie, celle qui va le mieux convenir au deux.

Parler des émotions à un tout-petit renforce sa sociabilité naturelle

Dès les premières années de la vie, les enfants ressentent de l’empathie pour autrui, manifestant ainsi la nature profondément sociable de l’être humain. Dès 6-8 mois, les enfants savent partager, aider réconforter les autres (Davidov 2013, Decety 2015) 18

Quand l’adulte parle des émotions à l’enfant dès son plus jeune âge, l’aide à les exprimer, à les comprendre, puis l’incite à comprendre celles des autres, il renforce la sociabilité naturelle de l’enfant.

Celia Brownell en 2013 et Jesse Drummond en 2014 ont étudié la socialisation d’enfants entre 18 et 30 mois. Elles ont montré que les enfants dont les parents parlent des émotions, les aident à mettre des mots sur les ressentis et ceux des autres, à les comprendre, deviennent de plus en plus sociables, attentifs aux autres, soucieux de leur bien-être, coopérants, aimant partager et aider les autres dès tout petits. (Brownell 2013, Drummond 2014, Paulus 2014) 19

Troisième point : rester soi-même

C’est parfois le point le plus difficile à respecter dans les relations altruistes. Quand on veut trop aider l’autre, on donne trop, mais on s’oublie soi-même. Et du coup, quand l’un a des difficultés il entraîne l’autre. Quand quelqu’un tombe à l’eau, le réflexe est de s’y jeter aussi pour le repêcher. Tout marin sait que c’est évidemment la dernière chose à faire, car la probabilité la plus certaines est que les deux personnes se noient. Il faut donc arriver à comprendre l’autre, se mettre à sa placer, l’aider, tout en restant solidement ancré sur son bateau ou sur la terre ferme. Il faut donc lancer la perche, une bouée de sauvetage, des outils, des conseils. Mais ne pas se formaliser si l’autre ne les saisit pas. Il est souvent difficile d’aider les autres.

Être empathique, pas si facile que ça !

L’empathie nécessite donc de nombreuses et diverses capacités : celles d’éprouver les mêmes émotions que l’autre, de l’imiter, de regarder dans la même direction que lui, tout en restant soi-même.

L’empathie, c’est accepter le point de vue de l’autre comme légitime, bien que différent du sien. Et comprendre qu’il existe toujours une dimension supérieure qui réunit et unit les points de vue individuels.

Chaque point de vue est légitime, celui de l’autre tout autant que le sien. Cela éviterait de nombreux conflits voire même de nombreuses guerres. C’est pourquoi la bienveillance est une composante importante de l’empathie, et réciproquement. En tout cas les deux sont intimement liées.

Utilisez-vous vos capacités d’empathie dans vos relations avec vos enfants ? N’hésitez pas à nous faire part de votre expérience et de votre ressenti dans les commentaires.

Sources : Cet article est largement inspiré de la lecture du livre : L’empathie établi sous la direction d’Alain Berthoz et de Gérard Jorland – Éditions Odile Jacob

Ainsi que de Vivre heureux avec son enfant de Catherine Gueguen – Édition Pocket

1. Alain Berthos et Gérard Jorlan – L’empathie. Jean Decety pp. 54-55
2. Ibid. Alain Berthos et Gérard Jorland p. 9
3. Ibid. Élisabeth Pacherie p. 149
4. Ibid. Jean Decety p. 66
5. Ibid. Jean Decety pp.66-69
6. Ibid. Jean Decety p. 78
7. Ibid. Jean Decety pp. 87-88
8. Ibid. Élisabeth Pacherie pp. 170-171
9. Ibid. Élisabeth Pachery p. 171
10. Ibid. Élisabeth Pachery – p. 180
11. Ibid. Gérard Jorland p. 45
13. Ibid. Gérard Jorland p. 33
14. Ibid. Élisabeth Pacherie pp. 180-191
16. Ibid. Alain Berthoz pp. 254-255
12. Adam Smith The Theory of Moral Sentiments (1759)
15. Catherine Gueguen – Vivre heureux avec son enfant
17. Ibid. p. 26
18. Ibid.
19. Ibid. p. 31

 

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2 pensées sur “Pratiquer l’empathie pour améliorer la relation avec ses enfants

  • 27 novembre 2019 à 17 h 32 min
    Permalink

    Bravo et merci vraiment pour votre effort et votre façon d’organiser les thèmes

    Répondre
  • 1 décembre 2019 à 12 h 51 min
    Permalink

    C’est très intéressant comme sujet. Merci pour cet article si complet j’ai appris plein de choses ! Personnellement j’essaye d’utiliser l’empathie (et pas qu’avec les enfants d’ailleurs) pour mieux communiquer et mieux répondre aux besoins mais ce n’est pas simple tous les jours haha ça nécessite effectivement un bon contrôle de soi et de ses émotions et de prendre le temps. Parfois ce n’est pas compliqué c’est juste qu’on est juste trop pressé et qu’on oublie d’écouter

    Répondre

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